Lies Busselen

Lies Busselen (KULeuven), Dépouilles humaines ancestrales et temporalités coloniales : Traces, mémoire et relations au Kwango et au Kwilu


Lien vers le pdf de la présentation

Bonjour à tous et toutes,

Je voudrais aussi commencer avec mes remerciements chaleureux. Les gens ne le voient pas, les gens ne le voient pas… ah c’est bizarre… ah oui, top, OK.

Donc à mon tour, je voudrais aussi remercier chaleureusement les femmes, surtout, qui ont rendu possible cette journée :

Leaty Babin en premier pour tes encouragements téléphoniques, tous les appels que nous avons eus,
Brenda pour ta ténacité dans les conversations que nous avons déjà eues,
Yasmina Zian pour la qualité exceptionnelle de l’organisation de cette journée,
mais aussi merci à Patrick évidemment pour faciliter et pour l’introduction assez importante.

On a eu même la même idée, mais ça vous allez voir lors de la présentation.

Et aussi merci à toutes les personnes présentes aujourd’hui.


C’est un réel plaisir, mais aussi une responsabilité importante de partager ici une réflexion sur un sujet longtemps resté en marge, voire silencieux dans les institutions belges.

Moi-même, je suis, comme déjà dit, anthropologue et historienne de formation.
Mon intérêt pour cette question remonte à mon mémoire de master en histoire en 2010, où j’ai entendu pour la première fois qu’il y avait aussi des dépouilles dans les collections.

Mais c’est surtout entre 2019 et 2022, dans le cadre du projet fédéral HOME, que j’ai commencé à saisir l’ampleur de ces collections de dépouilles humaines.

Aujourd’hui, je poursuis ce travail dans le cadre d’un doctorat qui repose sur une étude de cas que j’ai évoquée brièvement.


Dans cette présentation, j’utiliserai volontairement le terme “dépouille” plutôt que “reste humain”.

Ce choix n’est pas neutre.
Il rappelle qu’il ne s’agit pas uniquement d’objets scientifiques ou de collections, mais de personnes, d’histoires et de relations traversées par différentes formes de violence coloniale.

Mes recherches entre les archives et les terrains en Belgique et en RDC m’ont conduite à dépasser une approche centrée uniquement sur l’identification ou la provenance.

Ce que le terrain m’a surtout montré, c’est la nécessité de construire des ponts :

  • entre le passé et le présent
  • entre les archives et les mémoires orales
  • entre les institutions et les communautés
  • entre les disciplines et les acteurs en Belgique et au Congo
  • et surtout sur un pied d’égalité

Il ne s’agit pas d’opposer une Europe écrite à une Afrique orale,
mais de reconnaître la coexistence de savoirs multiples, parfois complémentaires, parfois contradictoires.


Et c’est cette pluralité qui est essentielle pour comprendre :

  • les violences coloniales
  • leurs héritages
  • et leur impact aujourd’hui

Cette présentation défend donc une approche relationnelle.

Une approche qui ne se limite pas aux dépouilles elles-mêmes, mais qui met en avant les relations, les mémoires et les héritages.


Structure de la présentation

Elle se structure en trois temps :

  1. Les collections d’anatomie anthropologique
  2. Des études de cas
  3. Une réflexion critique sur les politiques institutionnelles

1. Les collections

Les collections AA ont été constituées entre la fin du XIXe siècle et 1960.

Les premières entrées remontent aux années 1880, souvent liées à des expéditions militaires, dans une logique de violence et de trophée.

En 1897, on a la première inscription officielle dans les registres.

Ces collections évoluent ensuite dans deux grands contextes :

  • remise en cause des théories raciales
  • indépendance du Congo en 1960

Ces transformations ne font pas disparaître les collections, mais fragilisent leur statut scientifique.

En 1964, elles sont transférées à l’Institut des Sciences naturelles.


Ces collections concernent majoritairement :

  • le Congo (~415 dépouilles)
  • le Rwanda (~140 entrées estimées)

Elles sont fortement liées à l’espace colonial belge.

Elles ne sont donc ni neutres ni globales.


2. Études de cas

L’objectif n’est pas d’être exhaustif, mais de montrer des logiques transversales.

Un point important :
mon attention ne se limite pas aux collectionneurs, mais aussi aux personnes non identifiées.

Le projet HOME déconseille le recours systématique à l’ADN :

  • risque de dégradation
  • résultats trop larges

L’identification doit combiner :

  • archives
  • récits
  • mémoires locales

Car l’identité n’est pas seulement biologique, elle est aussi sociale, culturelle, spirituelle.


Plusieurs cas illustrent les logiques coloniales :

  • Ferdinand Van de Ginste (exhumations pour tests raciaux)
  • Armand Hutereau (expéditions scientifiques et collecte)
  • Marcel Manhart (collaboration administrative)
  • Lidio Cipriani (anthropométrie fasciste)
  • Friedrich Hawemann (médecine coloniale)
  • Olga Boone (réseaux scientifiques coloniaux)

Ces trajectoires montrent que la production du savoir colonial repose sur un réseau d’acteurs variés :

👉 militaires, administrateurs, médecins, chercheurs, missionnaires

Tous participent à une logique commune :

➡️ transformer des corps humains en objets de science


3. Réflexion critique

Pendant longtemps, ces collections sont restées :

  • invisibles
  • peu interrogées

Depuis 20 ans, on observe une accélération des débats.

Mais il existe un décalage structurel :
les institutions actuelles peinent à saisir la complexité des relations impliquées.


L’approche relationnelle propose de changer la question :

❌ D’où viennent ces dépouilles ?
Quelles relations produisent-elles encore aujourd’hui ?


Cela implique :

  • d’élargir les sources
  • d’intégrer différentes formes de savoir
  • de reconnaître les mémoires situées

La recherche ne doit plus être un processus unilatéral,
mais un espace partagé de production de sens.


Conclusion

Je voudrais terminer avec une image :
une performance artistique réalisée à Kinshasa en 2022.

Elle montre que la mémoire ne circule pas seulement dans les institutions,
mais aussi dans l’espace public et dans les pratiques artistiques.


Elle nous rappelle que :

👉 la mémoire est vivante
👉 la mémoire est relationnelle
👉 et elle dépasse les cadres scientifiques et institutionnels


Je vous remercie pour votre attention.