Mots de l'ambassade de la RDC
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Bonjour à tous et merci de nous avoir invités à cette séance qui parle un peu de restitution des restes des corps humains de Congolais de l’époque. Sans beaucoup attendre, je vais directement entamer le mot à dire que nous avons prévu au niveau de l’ambassade. Mesdames et Messieurs, j’ai l’honneur de représenter l’ambassadeur de la République démocratique du Congo Benelux, le professeur Christian Langala Kuku, à ce jour à Kinshasa pour une mission officielle de quelques jours. Ceux qui, parmi nous, s’intéressent à l’actualité politique congolaise avaient certainement suivi dans les médias la cérémonie de décoration des cinq élus belges d’origine congolaise par le président Félix‑Antoine Tshisekedi, cérémonie qui s’était déroulée à Kinshasa le vendredi 15 mai dernier. L’ambassadeur de la RDC avait donc mission d’accompagner les heureuses récipiendaires, étant entendu qu’elles sont résidentes dans sa juridiction diplomatique. Mesdames et Messieurs, c’est avec émotion que je prends la parole à cette table ronde au nom du gouvernement congolais. Bien que mes supérieurs soient là, aussi du ministère de la culture, pour vous présenter l’approche de la République démocratique du Congo sur la question de la restitution des dépouilles ancestrales. La République démocratique du Congo considère que la problématique de la restitution des dépouilles rentre dans les perspectives globales et globalisantes liées au rapatriement des biens culturels. Ainsi, sur proposition de la ministre de la culture, des arts et du patrimoine, le gouvernement de mon pays avait pris, le 20 février 2023, un décret portant création, organisation et fonctionnement d’une commission nationale chargée du rapatriement des biens culturels, des archives et des restes des corps humains soustraits du patrimoine culturel congolais. Cette commission… il est intéressant de noter que ses principales missions portaient sur la mise en place d’un cadre juridique se rapportant à l’objet de la commission. Plus globalement, il lui avait été confié des missions d’identification, de localisation des biens culturels en partenariat avec les pays qui en assurent la conservation, en vue de leur rapatriement en République démocratique du Congo. Cette commission nationale comprend les organes suivants : le comité de pilotage, la coordination nationale ainsi qu’un conseil scientifique qui, comme son nom l’indique, est l’organe chargé de toutes les questions scientifiques relatives aux missions. La création de cette commission au sein du ministère congolais de la Culture et sous l’égide du gouvernement congolais témoigne clairement de la volonté de mon pays de faire de l’une des priorités de sa politique culturelle la restitution. Ainsi, la politique du gouvernement congolais, sous l’impulsion du président Félix Antoine Tshisekedi, concernant la restitution des biens culturels repose sur une démarche progressive, concertée et bilatérale du patrimoine culturel congolais détenu à l’étranger. [ Le gouvernement insiste pour que le retour de ces œuvres s’accompagne de partenariats scientifiques et d’infrastructures adéquates, tout en reconnaissant le travail de conservation réalisé par des pays comme la Belgique. Le gouvernement congolais considère que la restitution des œuvres spoliées est une étape majeure pour restaurer la mémoire collective, la spiritualité et l’identité culturelle. Il tient à ce que ce rapatriement s’inscrive dans une nouvelle politique culturelle, dans un contexte bilatéral apaisé, plutôt que sur la simple passion, et qu’il soit soutenu par des capacités locales éprouvées de conservation et d’entretien. C’est dans cette perspective qu’il faudra placer l’inauguration en novembre 2019 par le président Tshisekedi du Musée national de la RDC à Kinshasa, ouvert au public en juin de la même année, construit en coopération avec la Corée du Sud. Certes, la République démocratique du Congo ne demande pas à la Belgique la restitution immédiate des biens culturels congolais. J’ouvre la parenthèse : un jour, il faudra bien que ce patrimoine revienne en RDC, mais il faut le faire de manière organisée. Il faut reconnaître que les Belges nous ont aidés à le conserver, il ne faut pas le faire précipitamment mais de manière concertée, avait déclaré le chef de l’État congolais. Ainsi, s’agissant de manière spécifique de la restitution des restes humains pillés durant la période coloniale, cette démarche est appelée à sortir du champ de la simple diplomatie. Cette approche doit intégrer une considération cosmogonique, surnaturelle et chamanique. Ce sont des âmes qui ont été spoliées. Il leur faudra, à ces âmes emprisonnées, le moyen devant leur permettre de retrouver la liberté. C’est le lieu de rappeler que l’acquisition de ces crânes et autres restes humains s’est faite dans des conditions de conquête systémique, le plus souvent d’extrême violence. Ils étaient considérés dans la plupart des cas soit comme des trophées de guerre, soit comme des objets destinés à des explorations scientifiques de certains médecins et anthropologues mal intentionnés. En conséquence, nous pouvons légitimement penser que la restitution n’est pas un simple fait de tourner une page de l’histoire que nous avons en partage, mais un acte de réparation morale et de justice transitionnelle, un devoir de vérité. C’est ici le lieu de saluer le courage politique de la Belgique qui, il y a peu encore, avait accepté de restituer à la République démocratique du Congo la relique de l’ancien Premier ministre Patrice Emery Lumumba. Nous demeurons persuadés que la dynamique ainsi engagée va se poursuivre, eu égard à l’excellence des relations qui existent entre la Belgique et la RDC. Les arguments ne manquent pas pour étayer un plaidoyer solide, articulé autour de plusieurs axes porteurs d’espérance pour les âmes de nos ancêtres, lesquelles ont besoin de retrouver la sérénité dans des sépulcres dignes en terre congolaise. Vive l’amitié entre la Belgique et la République démocratique du Congo. Je vous remercie. |
