Questions 2

Questions pour les présentations de Jean Kalombo Mulimbi et Patrick Mudekereza


🔹 Question 1 – Yann Loumba

Bonjour, je m’appelle Yann Loumba et j’ai une question à l’attention du dernier intervenant, de Monsieur Patrick.

J’ai un petit souci parce que si on part du postulat que la mission première d’un musée, c’est de transmettre et de conserver des objets, à partir du moment où on parle de dépouilles comme étant des objets, je trouve que le postulat de départ est déjà biaisé.

Maintenant, est-ce que dans le cadre des dépouilles, si je prends le cas concret du chef…

Est-ce que parce que Monsieur Émile Storm considérait sa dépouille comme un trophée de guerre, qu’elle doit être… enfin qu’on ait remis cette… et que cette dépouille soit encore aujourd’hui…

Est-ce que le fait d’être considéré comme un trophée de guerre donne ipso facto la définition d’un objet ?

Et donc la question étant de savoir :

comment est-ce qu’on peut concilier cet intérêt de conserver et transmettre avec le fait qu’on expose des dépouilles de personnes ?

C’est assez dérangeant. Voilà, merci. 


🔹 Réponse – Patrick Mudekereza

Oui, merci.

Oui, je suis tout à fait d’accord avec cette réflexion sur la conservation des dépouilles, et je pense qu’il y a maintenant une conscience qu’on doit dissocier les dépouilles des objets dans la conservation.

Je pense que l’exemple de l’ULB, une des premières actions qui ont été menées, c’est de retirer des dépouilles de leur espace de conservation et de les mettre dans ce qu’ils appellent la réserve précieuse. Ce n’est pas suffisant, mais c’est déjà un premier élément.

Je pense aussi qu’aujourd’hui il n’y a pas de dépouilles exposées dans ce musée‑ci, le Muséum d’histoire naturelle, c’est déjà une première conscience.

On peut aussi poser la question des photos qu’on peut montrer ou pas.

Cela dit, je pense que cette distinction, parfois, elle nous dessert aussi.

Parce que le fait qu’on ait fait une loi en Belgique sur les objets et qu’on ne parle ni des archives ni des dépouilles, ça fait qu’on n’a pas de cadre légal pour les discussions qu’on est en train de mener.

Maintenant j’espère qu’il va arriver, que ce cadre va arriver. D’une part.

D’autre part, c’est d’oublier que ces dépouilles sont venues avec les objets, elles sont venues dans les mêmes valises.

Donc Storms a ramené les dépouilles de Kapampa, Malibu et Lusinga dans les mêmes dispositifs.

Et donc quand on veut les rendre, il faut aussi les rendre ensemble.

D’autant plus que certains objets — ce qu’on appelle ici des objets — ne sont pas que des objets.

Aujourd’hui, ce qui est exposé au musée de Tervuren, ce sont les statues d’ancêtres de Lusinga, de Kansabala, de Manda…

Pour les communautés, elles appellent ça des esprits.

Donc ce ne sont pas des objets, ce sont des entités spirituelles.

Est‑ce que ces entités spirituelles sont des objets comme les autres ?

Ou est‑ce qu’on doit leur donner un autre statut ?

Et donc la question de la resémantisation doit aller au‑delà de ces catégorisations simples : objets, dépouilles, archives.

Parce que selon la langue et la culture, les catégories changent.

Et c’est pour ça que la démarche de resémantisation est intéressante. [De la cons...leur terre | Word]


🔹 Intervention complémentaire de Patrick Semal

Je voudrais juste quand même donner une précision.

Sur les dépouilles des ancêtres qui sont ici à l’Institut, aucune n’est présentée au public, et depuis le projet HOME, donc depuis 2019, il n’y a pas de recherche qui est faite sur ces dépouilles non plus.

Donc voilà, c’est pour quand même mettre une précision.  


🔹 Question 2 – intervention de remerciement / commentaire

Je vous remercie en tout cas pour cette discussion, et surtout d’avoir répondu, à travers les présentations, à une dimension qui nous semblait très importante. C’est ramener cette discussion de la restitution dans ce que moi j’appelle la ruralité, donc dans les villages et dans les communautés. Pour nous c’est très important que cette troisième entité de la discussion — dont nous faisons partie en tant que diaspora — soit prise en compte.

Cette réalité-là, comme vous venez de le rappeler, la question de la sémantique, de quel mot on met derrière quoi et dans quelle langue.

Je pense que c’est important de vous remercier pour cette dimension-là, parce que nous travaillons beaucoup sur la question du droit, le droit humain, le droit culturel, et le droit de poser les mots dans cette conversation.

C’était juste merci.