Table ronde 2 : Recommandations pour faciliter les rapatriements
Jean-Louis Niganda, Représentant de l’ANATC ; Brenda Odimba, Mwasi asbl ; Fernand Numbi Kanyepa, Professeur à l’Université de Lubumbashi ; Marie-Laurence Hebert-Dolbec, Cabinet Jus Cogens.
🔹 Introduction des intervenantsJe vais commencer par vous présenter parce que comme il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas en ligne… Donc je vais commencer par Marie‑Laurence Herbert… Merci pour l’invitation. Donc mon nom est Marie‑Laurence Herbert. Je suis docteur en droit international de l’ULB, je suis québécoise d’origine, j’ai travaillé sur les victimes dans la justice internationale pénale… et aujourd’hui je travaille dans un cabinet d’avocats à Bruxelles qui s’appelle Cobens, où on travaille notamment sur les crimes coloniaux. Brenda Odimba : Je m’appelle Brenda Odimba… cofondatrice de Moisi, une association qui protège la femme congolaise… quand on protège la femme, on protège tout un peuple… Jean‑Louis (ANATC) : Je représente l’Alliance nationale des autorités traditionnelles du Congo… qui regroupe les chefs traditionnels des 26 provinces. 🔹 Question du modérateur (chefferies et dépouilles)Les chefs coutumiers… vous êtes en première ligne. Quelle est la pensée des chefs coutumiers sur les dépouilles humaines ? 🔹 Réponse – représentant des chefs coutumiersPour l’ANATC, les dépouilles mortelles doivent être inhumées conformément aux traditions. Et donc la restitution de ces dépouilles mortelles, c’est quelque chose de très important. Dans nos traditions, lorsque le processus de deuil n’a pas été fait conformément aux coutumes, on considère les âmes comme des âmes errantes. Et ça constitue un danger pour la communauté, parce que ce sont nos parents, nos grands‑parents dont les âmes ne sont pas en paix. 🔹 Question complémentaire (rôle des chefs)Est‑ce que vous sensibilisez les populations ? 🔹 RéponseOui, ces débats ont lieu, mais nous avons peu de marge de manœuvre. Il y a un problème de religion, une diabolisation de nos ancêtres. Mais les chefs traditionnels restent le bastion de la tradition. Nous faisons déjà un travail de sensibilisation. Et nous ne pensons pas qu’il faut attendre que tout le monde soit d’accord : les autorités coutumières représentent déjà leurs populations. 🔹 Question à Brenda OdimbaQu’est-ce que vous faites concrètement pour éduquer les populations ? 🔹 Réponse – Brenda OdimbaCe que nous constatons, c’est que le Congolais est complètement déconnecté de son histoire. Le travail doit se faire en amont, auprès des jeunes. En Belgique, nous faisons des visites critiques du musée de l’Afrique. Pendant ces visites, je parle des actes de violence extrême posés par les Belges, notamment le fait d’arracher des têtes. Je parle de diabolicité… Ils sont venus avec la religion chrétienne, mais ils ont aussi coupé des têtes. Cette violence est le terreau de la violence actuelle en RDC. Les viols comme arme de guerre, les massacres, c’est une continuité. Le fait que nos ancêtres aient été décapités, que leurs corps soient ici, que leurs âmes soient errantes… c’est lié à la situation actuelle du Congo. 🔹 Relance du modérateurDonc vous faites le lien entre violence coloniale et violence actuelle ? 🔹 RéponseOui, c’est une continuité dans la désacralisation des corps. Ce n’est qu’au Congo qu’on voit ce niveau de violence extrême. 🔹 Question à la juristeQuand vous plaidez, avez‑vous l’impression de défendre des humains ? 🔹 Réponse – Marie‑Laurence HerbertJe suis arrivée en 2021 sur le dossier Lumumba. La restitution de la dent n’était pas une restitution au sens juridique, mais une procédure pénale de levée de saisie. La juge refusait au départ de rendre la dent. Elle demandait une preuve ADN à charge de la famille. Ce n’est que dans un contexte politique (Black Lives Matter) que la décision a été prise. Donc non, on n’a pas toujours l’impression que tout le monde considère qu’il s’agit d’humains. [De la cons...leur terre | Word] 🔹 Question : quelles perspectives ?Avez‑vous l’espoir d’une restitution généralisée ? 🔹 RéponseLa solution doit être structurelle, avec une loi. Sinon, les procédures restent individuelles, longues et coûteuses. 🔹 Question du modérateurEst‑il nécessaire d’écrire une loi pour restituer ce qu’on a volé ? 🔹 RéponseLe droit international est encore un droit construit dans un contexte colonial. Il n’existe pas de base juridique claire pour exiger la restitution. Des solutions doivent peut‑être venir en dehors du cadre étatique. 🔹 Question du public (financement / initiatives privées)Existe‑t‑il des exemples de restitutions privées ? 🔹 RéponseJe n’ai pas de précédent en Belgique. L’exemple principal reste l’affaire Lumumba. Il existe des pistes juridiques :
Mais les actions restent individuelles et difficiles à financer. 🔹 Question : justice et mémoireSi on ne fait pas justice, il y aura répétition des crimes. 🔹 Réponse implicite (discussion)La justice, la vérité et la réparation sont nécessaires pour éviter la répétition. 🔹 Question : procédure pour récupération des œuvresQuelle procédure pour récupérer des objets venant de sources diverses ? 🔹 Réponse – juristeIl n’existe pas encore de base juridique internationale solide. Le pénal peut parfois être un levier. 🔹 Question critique à BrendaNe faut‑il pas aussi chercher des responsabilités contemporaines ? 🔹 RéponseJe ne dis pas que tout vient de la colonisation. Je parle d’une continuité de la violence. Le Rwanda lui‑même a été marqué par la colonisation belge. 🔹 Question sur les musées congolaisPourquoi les musées sont‑ils si faibles ? 🔹 Réponse implicite (débat)Manque d’infrastructures, de moyens, de reconnaissance culturelle. 🔹 Question : recommandation globale🔹 Réponse – intervenant (proposition)Il y a urgence. Nous proposons un lieu mémoriel national à Kinshasa. Pour :
Le Congo est un espace de brassage, donc ces ancêtres appartiennent à tous. Ce lieu pourrait s’appeler Kalunga Kongo, un espace symbolique entre les vivants et les ancêtres. 🔹 Intervention du public (FONAREP)Il existe un fonds national de réparation en RDC. Il faudrait élargir son mandat aux victimes coloniales. 🔹 Question finale (procédure pénale)La procédure pénale est‑elle le seul levier réellement efficace ? 🔹 Réponse impliciteElle peut être un levier, mais elle reste lente et incertaine. 🔹 ClôtureOn ne peut plus prendre de questions. |
